Fabien BangouraÉcrivain · Essayiste
Chronique

Les 40 ans de son combat politique ont fini par le définir comme un démocrate fossilisé

Fabien Bangoura2 min de lecture

« Depuis sa rentrée, il est chef de parti et il n'en fait pas mine. Son nom est un drapeau de menace. Son palais un point de ralliement. Il ne remue pas et cependant, je m'aperçois qu'il chemine. Cette activité sans mouvement m'inquiète. Comment s'y prendre pour empêcher de marcher un homme qui ne fait aucun pas ? C'est un problème qui me reste à résoudre. » — Louis XVIII

11 ans de pouvoir d'Alpha Condé avaient généré toutes sortes de rancœurs et d'aigreurs, conduisant à la frustration générale du peuple guinéen. Si le besoin de changement devenait de plus en plus aigu, la gabegie financière, l'impunité et l'État de non-droit ne pouvaient que conduire à l'éclatement de la colère populaire trop longtemps retenue.

Mais faisant face à la violence aveugle et répressive, il était impossible au peuple de vaincre, parce qu'il était abandonné à lui-même devant une classe politique corrompue et adonnée à l'amour du positionnement politique et de la gloriole.

Un homme se leva du milieu de ce désordre et se décida à incarner la frustration populaire. Était-ce par abnégation de soi, était-ce pour l'amour de la Guinée, était-ce pour une revanche politique ? Seul, il le sait !

Mais nous allons essayer de comprendre son rôle dans toutes les crises qui ont endeuillé la Guinée dès la première heure de son indépendance jusqu'à ce jour où toute la classe politique guinéenne semble se buter sur elle-même et sur ce qu'elle a construit depuis des années, à tel point qu'elle ne sait plus comment sortir de ce mauvais pas sans en subir les conséquences.

Dans les suites des grandes transformations de la politique internationale et à l'effondrement des régimes autoritaires en Afrique, le pouvoir d'Alpha Condé devenait vacillant, il était devenu un allié incommode face à l'opinion internationale.

Voilà un homme que l'on voudrait établir comme modèle de démocratie et chantre de l'État de droit en Guinée. S'il était un homme de droit, un fervent combattant de la démocratie, il n'allait pas accepter de se faire humilier pour tailler une constitution sur mesure et pour des services non rendus à la nation. Mais serait-il un fait si étonnant de sa part ? Alpha Condé doit se taire et se retirer définitivement de la vie politique guinéenne.

Paru dans Le Révélateur 224, le 10 février 2023.

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